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Jour 4 : Village de maasaïs Dorf, Ngorongoro, Tanganyika. 3° 9′ 1.339″ S 35° 28′ 28.7″ E

Depuis la création des parcs nationaux tanzaniens, les maasaïs et leur bétail ont peu à peu été repoussés de leurs terres ancestrales au nom de la conservation de la faune sauvage, actée par le gouvernement et par les organisations mondiales. Le développement du tourisme a aussi sa part de responsabilité mais j’en parlerai plus bas dans l’article. On les rencontre dorénavant aux abords des parcs nationaux.

Il est donc possible de visiter des villages maasaï près du Parc National de Tarangire, du Parc National du Serengeti, du Kilimandjaro, ainsi que du cratère du Ngorongoro. C’est là que nous décidons de faire cette immersion en tribu autochtone !

Cette visite du village nous a offert l’opportunité de rencontrer les maasaïs selon leur mode de vie, de découvrir leur construction en hutte, leur organisation sociale, leur alimentation, la signification de leur habillement et bijoux, et d’en apprendre plus sur les coutumes de ce peuple semi-nomade. Très bavard, pédagogue et amusé par nos étonnements, l’ainé du chef de la tribu nous a instruit en toute sympathie. Nous avons adoré l’expérience !

En bref...

Sommaire

Carte du village des maasaïs

Carte bientôt mise en ligne, un peu de patience 😉

Notre reportage de la rencontre avec les maasaïs

Nous démarrons la journée en chevauchant des routes jalonnées et verdoyantes pour la saison. Des travailleurs courbés par la charge des végétaux taillés avancent à vive allure le long de la route.

Arrivés à l’entrée du secteur ciblé, nous nous garons et sortons avec frénésie. C’est le moment que j’attendais le plus du voyage, la rencontre avec ce peuple résilient et impressionnant, les maasaïs. A peine, un pas au sol et Joseph affiche un visage déconcerté. Il a détecté une odeur d’essence. Une flaque s’écoule à côte de notre véhicule… Non, ce n’est pas possible… On ne peut pas être en panne maintenant, c’est la poisse !

Quelques amis Joseph, guides également, viennent en renfort pour évaluer la gravité de la situation et conseiller la marche à suivre au jeune capitaine d’équipe. Pas d’alternative. Nous devons aller au garage le plus proche car nous avons une fuite. Impossible de continuer si l’on perd du carburant car isolés dans le parc avec les animaux sauvages, nous ne pourrions nous échapper au besoin, et tout simplement repartir du parc. Nous nous regardons avec anxiété car aucun garage n’est apparu sur notre trajet. Je sens que cette virée va prendre du temps…

Il s’avère que le « garage » était assez proche, nous sortons de la voiture pour la laisser se faufiler entre les arbres. Le technicien sort d’un coup d’un trou sous la 4X4 et analyse la mécanique avec Joseph. Dix minutes chrono, la fuite est bouchée, la situation est maîtrisée, Joseph redevient souriant et confiant. Nous repartons.

Nous arrivons donc à la porte du parc de Ngorongoro. Joseph s’échappe pour nous pointer et faire valider nos entrées. C’est parti, nous prenons la route, enfin ! Les alentours sont de plus en plus arides et l’air se réchauffe. L’extérieur du cratère est vaste et étendu, parsemé d’acacias rougis par le soleil intense. Les toits de petites maisons se dissimulent dans les hautes herbes sèches.

Nous arrivons au village encerclé de pics de bois qui protègent les habitants de la faune sauvage alentour. Des branches d’acacia aux impressionnantes épines recouvrent les barrières pour éviter toute incursion de lions. Des ânes broutent sans attache le peu d’herbe verte qui reste. Un maasaï confiant avance vers nous drapé d’un tissu à carreaux rouges et noirs, accompagné d’un bâton fin et droit à la main droite. C’est finalement un des fils du chef du village qui nous accueille avec sourire. Pédagogue et amusé par nos questions, il nous fait la visite de « son peuple ».

Il nous explique que les hommes portent un morceau d’étoffe à carreaux avec la couleur dominante, plus souvent rouge mais parfois vert. En manipulant le drapé noué à l’épaule, ils peuvent se couvrir au gré du vent et du soleil. Le rouge porte chance et courage, notamment lors de la sorite en chasse. Le vert apporte l’espoir et la confiance.

Cet emblématique tissu porte le nom de Shuka, qui signifie « couverture africaine ». Durable, robuste et épais, il protège réellement des intempéries et des agressions de la savane.

Chacun d’entre eux s’appuie d’un bâton fin et rectiligne d’une hauteur de deux tiers de leur taille. Certains ont les lobes d’oreilles percés largement, leur cou est parfois orné d’un collier large et rond, construit de fines perles et de plaques. Leur démarche est fière et princière, ce qui leur confère une beauté mystérieuse et intrigante.

En ligne de leur côté, les échanges semblent sérieux et durs. Puis ils s’écartent pour laisser place aux femmes.

Les femmes quant à elles sont parées d’une première robe violette au dessous, surmontée de tissu d’une couleur. Leurs épaules sont recouvertes d’un tissu bleu noué à la poitrine. Le fils du chef nous explique que le bleu symbolise la paix et la fertilité. Leur buste est recouvert d’un collier blanc plat et large tel un disque. De nombreux fins colliers et bouches d’oreilles pendantes agrémentent leur visage. Les bijoux leur servent à indiquer leur statut matrimonial et social. Leur crâne est rasé et les pieds chaussés de sandales et de bracelets de cheville. Certaines portent un chapeau de perles blanches.

Elles prennent place au centre en ligne et discutent en riant.

Après cette brève présentation, la représentation de la cérémonie démarre. Il s’agit de reproduire un moment sacré pour les maasaïs avant un départ pour la chasse. Les hommes avancent à pas feutrés en tapant du bâton. Des grondements commencent à vibrer depuis leurs gorges. Des sons aigües et des cris évoluent, ils commencent à sauter. Leurs yeux se plissent, certains font des grimaces. Le chant est saisissant et nous fige.

Certains touristes sont embarqués pour tester avec eux le concours de saut des maasaïs. A savoir celui qui fera le saut plus haut sans prendre d’élan, mais en se propulsant par tension des jambes uniquement. Ils restent vainqueurs. Les femmes s’en amusent. Ces danses sont un bon moyen pour les guerriers de montrer leur puissance et leur endurance.

Leurs homologuent continuent leur danse et leur communication avec sérieux et intensité. Puis les femmes les rejoignent en chantant. C’est un chant de guerre à l’unisson parfaitement vibrant au même rythme. Cela nous hérisse les poils.

Il est l’heure de nous donner à choisir un objet créé par une femme de la tribu. Le choix est large, objet en bois, bijou, masque, les prix le sont aussi. Ils n’est pas mal vu de négocier pour ne pas tomber dans les travers des « prix pour occidentaux ». Cela reste intéressant de leur acheter des produits directement car les espèces échangés iront directement dans leur poche.

Ensuite, le fils du chef nous demande d’observer la « boma » de sa maman, la maison de celle-ci. Fait de paille, de terre séchée et de bouse de vache, l’unique mur s’enroule sur lui même comme un escargot pour ne laisser qu’une étroite entrée de 60 cm de large pour 1,5 mètres de haut bloquant le vent et préservant ainsi la chaleur interne. En effet, la journée il fait chaud mais le soir et la nuit, la température fraichie suffisamment pour refroidir les habitats. Nous pénétrons dans les quartiers de la femme du chef du village.

L’entrée étroite nous mène vers un intérieur totalement obscur, jusqu’à arriver au centre de la boma éclairée par un trou dans la toiture. Il s’agit du trou qui sert de puit de lumière, d’aération et d’évacuation pour la fumée du feu. Pour préserver la chaleur la nuit, le trou est refermé par du bois.

Le fils du chef nous explique que son peuple vit dans ce village à l’année et que suivant les saisons, les conditions sont plus ou moins rudes. Chaque famille possède sa boma ronde autour de la place centrale, sauf le chef du village, son père, qui réside dans une petite maison rectangulaire faite de bois, juste à côté de l’école. En effet, à la manière « Montessori », les enfants de tous âges sont mélangés pour s’instruire à l’école du village afin d’y apprendre les lettres, les chiffres et l’anglais. Il nous précise qu’une poignée seulement peut être envoyée dans les écoles secondaires en ville, à cause du coût de transport et d’intégration d’une école.

En pointant le centre de la maison, il nous explique que le feu est maintenant en braise la journée pour préserver la chaleur du logement, mais le soir le feu est rallumé pour réchauffer un peu de nourriture ou simplement chauffer la nuit qui arrive. Le maintien du feu en permanence semble être le domaine de maintenance le plus pesant au quotidien. Les hommes doivent aller chercher chaque jour 4 à 5 kg de bois (comme sur la photo).

Vers l’entrée un espace est dédié au parcage d’animaux juvéniles, comme de jeunes chèvres. Ainsi, la nuit ce bétail attirant pour les prédateurs être protégé.  Sur le côté, 2 banquettes de bois servent à coucher les parents d’un côté et les enfants de l’autre. Des couvertures en peau d’animaux sont poussées sur les côtés.

Le fils du chef nous explique ensuite que les maasaïs se nourrissent majoritairement de lait de vache et de chèvre, et de sang de vache. Nous mangeons bien du boudin noir après tout. Pour ne pas tuer le bétail difficile à élever, ils font une saignée à la jugulaire de l’animal à l’aide de leur flèche pour ne prélever qu’une petite quantité de sang. Puis il cautérise la plaie de manière chirurgicale. Le sang leur apporte bien des nutriments qu’ils n’ingéreraient pas avec la faible alimentation qu’ils subissent. Et parfois, ils se nourrissent des vaches anciennes, pour récupérer la force de la viande. Le lait traie est recueilli dans dans graine géante et creuse servant de gourde, leur apporte le calcium, le lactose et les vitamines nécessaires à leur santé. Certaines rares fois, ils peuvent aller en ville pour acheter des farines et des matières premières.

Autonomes et efficaces à l’allumage du feu, les maasaïs sont ravis de démontrer leur méthode. Ils frictionnent une tige de bois sec par rotation dont la pointe frotte sur une branche plus large, posée sur une machette. Il peut y avoir un relais pour frictionner la tige. Quand les bois commencent à chauffer en échappant une subtile fumée blanche, la friction accélère. Puis, rapidement un petit amas de paille est posé dessus puis soufflé doucement jusqu’à ce qu’une flamme apparaisse. Une fois la motte enflammée elle est posée et peut être agrémentée. En 5 minutes, le feu étant prêt, impressionnant.

Nous nous rendons compte qu’ils ne sont pas chaussés de sandales mais de pneus de voiture découpés pour former une semelle. Celle-ci est liée par du cuir cousu.

Accompagné de leur fidèle bâton, ils sont en réalité sécurisés par une machette dans son fourreau attaché à la ceinture. Un guerrier nous fait tenir sa machette.

Au loin des zèbres broutent, à distance du village, mais suffisamment prêts pour nous rappeler que la faune sauvage est juste à côté, dans le cratère de Ngorongoro…

Organisation pour rencontrer les maasaïs

Comment venir au village de maasaïs Dorf ?

Le village Maasaï Dorf est situé dans la région de Ngorongoro, en Tanzanie, à proximité du parc national de Ngorongoro. Il est accessible depuis la ville de Arusha, située à environ 2 à 3 heures de route en voiture. Les visiteurs peuvent prendre un transport privé, un taxi, ou organiser un safari guidé qui inclut une visite à ce village traditionnel maasaï.

Combien de temps rester ?

Une visite à Maasai Dorf peut généralement être réalisée en une demi-journée à une journée entière, selon votre niveau intérêt et la profondeur de l’expérience souhaitée. Si vous souhaitez explorer davantage la région, notamment le cratère de Ngorongoro, vous pourrez envisager de passer une nuit ou plus dans la région. Personnellement, nous avons fait cette rencontre durant 2 heures sur le trajet pour aller au cratère de Ngorongoro.

dormir ?

Il y a plusieurs options d’hébergement autour de Maasai Dorf : Lodges et camps situés près du cratère de Ngorongoro, offrant des vues magnifiques sur le paysage environnant et des options de confort variées. Campings pour une expérience plus authentique, souvent organisés par des opérateurs locaux. Certains campings permettent de passer une nuit près du village Maasai. Il est conseillé de réserver à l’avance, surtout pendant la haute saison touristique, pour s’assurer d’avoir un bon endroit pour dormir.

Infos et liens utiles

– Meilleure période pour visiter : La meilleure période pour visiter est pendant la saison sèche, entre juin et octobre, lorsque les conditions météorologiques sont plus stables. Nous y sommes allés en septembre pour info.

– Visite guidée : Une visite guidée est recommandée pour mieux comprendre la culture Maasai et les enjeux locaux. Les guides locaux peuvent fournir des informations précieuses et te montrer les aspects traditionnels du village.

– Respect de la culture locale : Lorsque tu visites le village, il est important de respecter les coutumes et traditions des Maasai. Demander la permission avant de prendre des photos est souvent requis. Ne pas hésiter à poser des questions.

Vous pouvez consulter des sites comme Safari Bookings ou TripAdvisor pour des informations sur les hébergements et les tours organisés dans la région.

– Liens utiles :

Ngorongoro Conservation Area Authority : Pour plus d’informations sur les attractions et la région.

Safari Bookings : Pour réserver des safaris et des tours dans la région.

Immersion pour mieux comprendre les maasaïs

Histoire et Ethnie

Les Maasai sont un peuple autochtone nilotique, originaire du nord-est de l’Afrique, qui a migré vers la région du Grand Rift, comprenant une partie de la Tanzanie et du Kenya, il y a environ 500 ans. Traditionnellement, ils sont des éleveurs nomades, et leur culture est centrée sur le bétail, qui symbolise le statut social. Leur société est organisée en clans, avec des rituels et des pratiques spécifiques. Depuis l’arrivée des colonisateurs européens au XIXe siècle, les Maasai ont été contraints de céder leurs terres au profit de projets coloniaux, puis de politiques de développement et de conservation après l’indépendance de la Tanzanie en 1961.

Environnement

Les Maasai ont vu leurs terres ancestrales progressivement transformées en zones protégées pour la conservation de la faune, notamment les parcs nationaux comme Serengeti et Ngorongoro. Leur mode de vie nomade, basé sur l’élevage, est perçu comme incompatible avec les politiques environnementales modernes. Ces changements ont eu un impact profond sur leur mode de vie traditionnel, forçant de nombreux Maasai à s’adapter à des conditions de vie plus sédentaires et à affronter des défis liés à l’accès aux ressources naturelles.

Géopolitique

Les Maasai ont longtemps été pris dans des dynamiques géopolitiques complexes, entre l’expansion coloniale, les projets de développement post-indépendance et la conservation environnementale. Leurs terres ont été réquisitionnées pour créer des parcs nationaux, des zones touristiques et des réserves naturelles, souvent au détriment de leurs droits fonciers. Ces politiques ont mené à des conflits sur la gestion des terres et la protection des droits des communautés autochtones. En outre, la question des expulsions forcées des Maasai pour laisser place à des projets écotouristiques et la protection de la biodiversité est un sujet géopolitique sensible.

Humanitaire

Les Maasai continuent de faire face à des défis humanitaires importants, notamment les expulsions forcées de leurs terres ancestrales, souvent au nom de la conservation de la nature ou du développement touristique. Les conditions de vie dans les zones de déplacement sont souvent précaires, avec un accès limité aux services de santé et à l’éducation.

La lutte pour la reconnaissance de leurs droits fonciers, l’autodétermination et la préservation de leur culture est essentielle pour leur survie en tant que peuple. Les organisations de défense des droits humains et des peuples autochtones continuent de soutenir leurs revendications pour la protection de leurs terres et de leur mode de vie traditionnel.

A une petite échelle, il est possible d’aider ces peuples en achetant directement au sein de leur village des souvenirs, plutôt qu’aux magasins touristiques qui alimentent uniquement le gouvernement : objets traditionnels, outils, décoration, bijoux, jouets, etc. Les bénéfices iront directement et intégralement à la communauté maasaï.

Les fonds récupérés leur permettent d’envoyer des enfants faire des études dans les écoles, souvent inaccessibles depuis cette zone désertique, d’aller acheter dans les villages les plus proches les aliments qu’ils ne peuvent pas cultiver et de payer le transport pour aller vendre les médicaments et remèdes qu’ils confectionnent. Car les maasaïs sont encore à ce jour perçus par la population tanzanienne comme le peuple guerrier, sage et sachant, qui a un rôle de guérisseur grâce à leurs compétences médicinales. Autonomes et ingénieux, ils ont construit une médecine basée sur l’utilisation des plantes locales.

Pour suivre l’avenir des maasaïs de Tanzanie : Amnesty International